Pfizer soutient les plateformes de génétique de l'INCa
L'arrivée de nouveaux médicaments ciblés impose de pouvoir analyser chez les patients un nombre croissant de biomarqueurs associés aux traitements. Pfizer s'allie aujourd'hui à l'Institut national du cancer pour soutenir la montée en puissance de son programme en faveur de la médecine personnalisée.
"Développer les plateformes de génétique moléculaire des cancers et l'accès aux tests moléculaires" : voilà une action du Plan cancer 2009-2013 que l'Institut national du cancer (INCa) avait largement anticipée. Dès 2006, l'INCa avait favorisé la mise en place de "plateformes hospitalières de génétique moléculaire du cancer" via deux appels à projets nationaux successifs, en 2006 et 2007. 28 plateformes ont ainsi pu être créées grâce à un financement de l'INCa de 4,7 millions d'euros et se renforcer sur la période 2007-2008 avec des crédits de l'Assurance maladie s'élevant à 4 millions d'euros. Avec la mise sur le marché de médicaments dont l'efficacité est liée au profil génétique de la tumeur ou du patient, comme Vectibix® (panitumumab, décembre 2007) et Erbitux® (cetuximab, juillet 2008) dans le cancer colorectal ou Iressa® (gefitinib) dans le cancer du poumon, l'activité des plateformes a dû monter en puissance. Ainsi le nombre de tests de la mutation KRAS (cancer colorectal) est-il passé de 1 100 en 2007 à 18 000 en 2009.
Des moyens accrus
Ce programme de plateformes de génétique moléculaire, unique en Europe et même au monde selon les représentants de Pfizer, ne pouvait qu'attirer l'attention du laboratoire, dont la stratégie en oncologie est résumée dans la formule suivante : "le bon traitement au bon moment au bon patient". Aussi le leader mondial de la pharmacie a-t-il décidé d'y contribuer, signant aujourd'hui avec l'INCa une convention de partenariat public-privé.
En 2007, Pfizer avait déjà apporté son soutien à l'INCa, en participant à hauteur de un million d'euros à un programme de financement de projets dans le domaine de la recherche translationnelle. Cette fois-ci, ce partenariat prend la forme d'une collaboration de trois ans - dans laquelle Pfizer apportera également un million d'euros au total - pour soutenir le fonctionnement de ces plateformes de génétique. Cette collaboration s'inscrit dans le cadre d'un nouveau programme récemment lancé par l'INCa, d'un budget de trois millions d'euros, pour la détection prospective de biomarqueurs du cancer. L'enjeu est d'anticiper l'arrivée sur le marché de nouvelles thérapeutiques ciblées en donnant dès à présent aux plateformes de génétique moléculaire les moyens d'être opérationnelles dans la détection des anomalies génétiques visées par ces nouvelles molécules.
Nouveaux biomarqueurs
Parmi elles figure le crizotinib, premier composé d'une nouvelle classe de médicaments, inhibiteur de la protéine tumorale ALK. Pfizer développe ce produit dans le traitement du cancer du poumon non à petites cellules, chez les patients porteurs d'une anomalie génétique spécifique, la translocation du gène EML4-ALK - anomalie dont sont porteurs environ 5 % des patients souffrant d'un cancer du poumon. La firme s'est associée l'an passé à Abbott pour le développement d'un diagnostic compagnon de son traitement anticancéreux, afin de déterminer le statut génétique et de sélectionner les patients pouvant être inclus dans l'essai de phase III en cours.
Le programme de l'INCa est cependant loin de se borner à la détection de ce biomarqueur d'intérêt pour Pfizer. Dès septembre prochain, ce seront 10 000 patients atteints d'un adénocarcinome du poumon, déjà soumis chaque année à la détection d'une mutation activatrice de l'EGFR, qui bénéficieront en plus d'une recherche de multiples autres mutations, dont la translocation du gène EML4-ALK. D'autres mutations seront également recherchées dans le cancer colorectal et le mélanome, ce qui devrait permettre aux patients en France de bénéficier plus tôt des nouvelles thérapies ciblées.