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Mai 2006

Diatos saute le pas de la Bourse

Pharmaceutiques : Diatos vient d'annoncer l'enregistrement de son document de base par l'Autorité des marchés financiers (AMF) et vise une introduction sur Euronext Paris et Euronext Bruxelles dans la deuxième quinzaine de juin. Quelles sont les principales motivations ayant conduit la société à vouloir franchir ce pas ?

John Tchélingérian, pdg de Diatos : Notre motivation essentielle réside dans le fait que Diatos a franchi une étape importante dans sa vie d'entreprise. La société, qui est une spin-off de l'Institut Pasteur créée en 1999, a atteint aujourd'hui un niveau de maturité tel qu'elle a maintenant besoin de se financer sur les marchés. La progression de nos programmes cliniques implique que nos besoins en financement seront élevés. Nous venons récemment d'acquérir des droits exclusifs pour le développement et la commercialisation d'un anticancéreux de l'américain Gilead Sciences, DaunoXome® (formulation de daunorubicine encapsulée dans des préparations de liposomes). Avec ce rachat, il s'agit de se doter d'un catalyseur qui puisse faire passer Diatos du statut de société de R&D à celui d'une société biopharmaceutique intégrée dotée de capacités de commercialisation en Europe. Notre objectif est clairement de nous positionner comme un leader européen en oncologie.

Pharmaceutiques : Quel sera l'impact de la levée de fonds éventuelle ?

John Tchélingérian : Depuis sa création en 1999, Diatos, dont je tiens à rappeler qu'il s'agit d'une spin-off de l'Institut Pasteur, a déjà levé 40 millions d'euros en plusieurs tours de table successifs auprès d'investisseurs français, européens, américain et japonais. Je citerai notamment notre investisseur historique et leader Sofinnova Partners, les français Credit Agricole Private Equity, AGF Private Equity, SGAM, Innoven Partners et bien sûr nos actionnaires de référence belge, GIMV, et américain, InterWest Partners. Diatos envisage de consacrer une partie importante des sommes à lever à l'accélération de sa transformation en société biopharmaceutique européenne dotée de capacités de commercialisation.

Pharmaceutiques : Quelle est la stratégie de Diatos à moyen terme ?

John Tchélingérian : Notre stratégie initiale est de capitaliser sur notre croissance interne et sur nos capacités à acquérir des produits sous licence pour construire une franchise en oncologie, avec pour ligne directrice, l'utilisation de médicaments cytotoxiques connus et améliorés au moyen de technologies innovantes de ciblage tumoral afin d'augmenter leur efficacité et de réduire leur toxicité. C'est ainsi que Diatos a déjà acquis des licences sur deux produits, le DTS201 (promédicament de la doxorubicine) auprès de Medarex (Etats-Unis) et le DTS 301 (nouvelle formulation de paclitaxel utilisant un gel polymère biodégradable) auprès de MacroMed (Etats-Unis). Parallèlement, Diatos mise sur ses plateformes technologiques (TSP et Vectocell®) pour améliorer le ciblage tumoral et la biodistribution des médicaments anticancéreux. Nous voulons également donner une deuxième vie à DaunoXome®, déjà autorisé pour le sarcome de Kaposi et nous projetons de déposer le plus rapidement possible sa demande d'AMM en Europe pour le traitement de la leucémie myéloïde aiguë. Nous souhaitons de ce fait mettre en place notre propre structure pour la commercialisation de DaunoXome®, avec une force de ventes hautement spécialisée sur cette niche en hématologie et capable de promouvoir le médicament sur une base scientifique et médicale auprès des leaders d'opinion.

Pharmaceutiques : Quels sont vos projets de développement les plus avancés ?

John Tchélingérian : Diatos veut se positionner comme un leader et un spécialiste du cancer au niveau européen et a donc déjà construit un portefeuille de candidats médicaments au niveau pré-clinique et clinique. Deux d'entre eux sont actuellement au stade clinique, le DTS 201 développé pour le traitement systémique de tumeurs solides, actuellement en phase I, et le DTS 301, utilisable en injection intratumorale directe, actuellement en phase II. Nous souhaitons amener ces deux produits au prochain stade du développement clinique dans les mois à venir, tout en ayant la volonté de promouvoir DaunoXome® dans la leucémie myéloïde aiguë. Notre stratégie consiste à conserver noss droits de commercialisation sur nos produits en nous focalisant sur le territoire européen, tout en ayant la flexibilité de signer des accords de partenariat pour leur distribution aux Etats-Unis ou au Japon.

Pharmaceutiques : Après les lancements réussis d'Exonhit Therapeutics et de Bioalliance Pharma fin 2005, et maintenant l'opération initiée par Diatos, estimez-vous que la Bourse est enfin devenue (ou redevenue) propice pour les sociétés de biotechnologies ?

John Tchélingérian : La Bourse s'est ouverte un peu plus aux sociétés de biotechnologies mais elle reste sélective et capitalise sur des projets matures, bien ficelés et présentant un profil de risque optimisé. Les investisseurs publics sont très exigeants aujourd'hui contrairement à ce qu'on observait lors de la bulle des années 90. Ils demandent des équipes dirigeantes solides, des preuves de concept établies au niveau clinique et s'écartent des sociétés « monoproduit » au profit de sociétés avec des portefeuilles de produits susceptibles d'obtenir des indications multiples.

A terme, mon rêve est que nous puissions avoir un marché pan-européen doté d'une place boursière forte à même d'entraîner et de tirer vers le haut les entreprises de biotechnologies à forte croissance. Nous avons besoin de leaders et de champions européens capables de rivaliser au niveau mondial avec nos pairs américains. Il faut instaurer ce cercle vertueux et pour l'entrepreneur que je suis, ce message a un sens fort et je souhaite que Diatos puisse donner l'exemple car il est important et urgent que nous puissions bâtir une industrie nationale et européenne solide et conquérante.

Propos recueillis par Anne-Lise Berthier
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