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Octobre 2006

GSK choisit la France pour son usine de vaccins

C'est officiel. GSK a choisi le site de Saint-Amand-les-Eaux, dans le Nord Pas-de-Calais pour installer sa future usine de vaccins. Un investissement de 500 millions d'euros pour un projet considéré comme le plus important en Europe dans le monde de l'industrie pharmaceutique depuis plus de dix ans.

Jamais de fumée sans feu. Alors que la rumeur circulait depuis quelques semaines, le groupe pharmaceutique GlaxoSmithKline a tombé le voile vendredi matin. Oui, sa future usine de vaccins sera installée en France, dans le Pas-de-Calais, à Saint-Amand-les-Eaux, où se trouve déjà sa division Sterilyo. Un investissement particulièrement important puisque cela ne s'est pas vu en France, ni même en Europe, depuis plus de 10 ans dans le domaine de l'industrie pharmaceutique. Car l'investissement se monte à 500 millions d'euros et l'installation sera pleinement opérationnelle en 2011. Le but : augmenter les capacités de production de GSK Biologicals, la division vaccins du groupe.

« Il s'agit d'un renforcement de la présence de GSK en France, où nous menons déjà une forte politique d'investissements : plus 110 millions d'euros investis ces deux dernières années et encore plusieurs dizaines de millions d'euros sont prévus l'an prochain pour notre site des Ulis », précise Christophe Weber, président GSK France. Nombre de sites ont proposé leur candidature pour accueillir cette usine à fort potentiel. GSK a choisi la France pour son haut niveau de formation et sa capacité de recherche, sa tradition et son savoir-faire technologique, ses infrastructures et la cohérence du projet proposé, et l'implication des autorités nationales en termes d'attractivité.

Gage d'optimisme

Cette dernière raison peut sembler étonnante au vu des reproches concernant l'attractivité et la compétitivité en France. Christophe Weber maintient avoir reçu « des signes clairs du gouvernement français », encourageant « les investissements du secteur pharmaceutique » et note de nettes amélioration des délais administratifs et d'accès au marché, « même s'il reste des efforts à faire, notamment pour l'accès au marché des vaccins ». Les points faibles de l'hexagone ne sont pas oubliés pour autant, le laboratoire appelant la France à réagir face à la perte de vitesse des investissements, notamment en révisant la loi qui plafonne la croissance du médicament à 1 % par an. Une loi qui nie « les facteurs objectifs de croissance des dépenses de santé, liés au vieillissement de la population, à la prise en charge thérapeutique des patients, notamment chroniques ».

Le laboratoire réaffirme sa confiance dans le gouvernement français qui « est à l'écoute et a une vraie prise de conscience », ce que prouve la création il y a deux ans du Conseil stratégique des industries de santé (CSII). Et GSK compte bien inciter la France à se relancer dans une politique de compétitivité et d'innovation. « Cet investissement en France, c'est un gage d'optimisme. Le carcan administratif est en train de disparaître, l'industrie est le pivot économique de la France, il faut donc donner aux entrepreneurs et aux créatifs les moyens d'agir. Cela fait 25 ans que j'espère être prophète en mon pays, et pour la première fois, je crois que cela va se réaliser », sourit Jean-Pierre Garnier, CEO.

Fléau mondial

Impossible de connaître quels étaient les autres sites candidats pour accueillir la nouvelle usine de vaccins, Jean-Pierre Garnier précisant simplement que Saint-Amand-les-Eaux avait pour elle une véritable motivation et la France une politique de santé relativement ouverte : « Sur ce plan, la France se rapproche progressivement de la Grande-Bretagne et de l'Italie. Inutile de dire que l'Allemagne n'a pas été considérée comme un site envisageable ».

La future usine de vaccins sera notamment chargée de produire le Cervarix®, contre le cancer du col de l'utérus. Un produit presque unique en son genre puisqu'il est en concurrence directe avec le Gardasil® de Merck&Co. La bataille s'annonce rude entre les deux géants pharmaceutiques pour leurs probables blockbusters respectifs. Pourtant, GSK se montre serein. Le marché est malheureusement étendu : 200 millions de femmes en Europe et aux Etats-Unis sont concernées par la prévention de cette pathologie, qui est le 2e cancer le plus fréquent chez la femme et la 3e cause de mortalité des femmes par cancer. On compte 500 000 nouveaux cas chaque année, dont près de 3 400 en France et 1 000 décès. Face à ce fléau, GSK et Merck&Co « ne seront pas trop de deux, d'autant que nos produits sont différents », selon Jean-Pierre Garnier. « Nous prenons un risque industriel en construisant ce site mais c'est notre pain quotidien et nous verrons dans quelques années si nous avions raison ou tort. Cependant, rien n'a été décidé à la légère et je crains davantage le risque inverse, à savoir que la demande de Cervarix® ne soit pas maîtrisée. Et dans le scénario du pire, il reste un cran de sûreté ».

Production mondiale

GSK a singulièrement augmenté ses investissements dans sa division vaccins car le marché est porteur, les progrès techniques et scientifiques le permettent, ses ventes en vaccins sont en continuelle augmentation et il connaît une concurrence limitée puisqu'il y a peu d'acteurs clés dans le domaine vaccinal. « GSK Biologicals a pour objectif de grandir aux Etats-Unis où nous avons fait des investissements majeurs de 2 milliards de $ l'an dernier, sans compter un développement important à l'international, notamment en Chine, à Singapour, au Japon, ainsi qu'en Afrique où les progrès sont immenses. Notre portefeuille de produits en développement est riche de 23 produits, sans compter nos forts investissements dans les adjuvants, ce qui donne à GSK une longueur d'avance qui fera la différence. De plus, nos lancements actuels - Rotarix®, Cervarix® et dans les domaines de la grippe et des méningites - ont des visées mondiales, ce qui signifie que notre future usine de Saint-Amand-les-Eaux devra assurer une production mondiale », explique Jean Stéphenne, président de GSK Biologicals.

600 emplois en création

Et pour une telle capacité, il faut du monde. Ce sont plus de 600 emplois qui vont voir le jour sur le site de ce centre d'envergure mondiale de production de vaccins, dont 300 d'ici 2009, puis le reste à l'horizon 2011. « En incluant les 125 personnes qui travaillent déjà sur le site, ce sont près de 750 collaborateurs d'un très haut niveau de qualification et d'expertise qui seront employés sur le site GSK Biologicals », note Christophe Weber. Ce futur centre sera une des plates-formes européennes de production regroupant des activités de formulation, de lyophilisation, de remplissage et de conditionnement. Après 2011, lorsque le centre sera complètement opérationnel, sa capacité sera de plus de 300 millions de doses par an. Le démarrage des travaux de construction est prévu au cours du dernier trimestre 2006 et les premiers lots commerciaux devraient en sortir fin 2010.

« Convaincu de l'importance de l'innovation, nous avons trouvé un moyen d'être plus performants dans notre R&D, ce qui nous a permis de doubler notre pipeline de produits en quatre ans. Nous dépensons 4 millions d'euros par ans dans la recherche sur les vaccins, et nous trouvons ! Ces investissements n'auraient pas lieu si nous n'avions pas le succès que nous connaissons dans nos recherches et nos essais cliniques », ajoute Jean Pierre Garnier

Mélanie Mazière
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